L’IA absorbe les tâches qui formaient les juniors du conseil
Recherche documentaire, synthèses, code : le cabinet qiub estime que l’IA absorbe ce qui formait les débutants et doit pousser le métier à redéfinir sa valeur.
En bref
- Selon le cabinet qiub, l’IA générative automatise les tâches qui servaient d’apprentissage aux consultants juniors.
- Quatre capacités du conseil sont classées de « très forte » à « très faible » exposition à l’IA.
- Les cabinets de stratégie semblent mieux protégés que les cabinets de transformation digitale et les ESN.
- qiub plaide pour exposer plus tôt les juniors à l’interprétation et à la supervision critique des outils.
Un consultant junior apprend son métier en cherchant des documents, en rédigeant des synthèses, en comparant des pratiques de marché. Ce sont précisément ces tâches que l’intelligence artificielle générative sait désormais exécuter. Dans une analyse relayée par Presse Agence, le cabinet qiub y voit une menace pour le modèle de formation de toute la profession.
Quand les marches du bas disparaissent
Recherche documentaire, synthèses, benchmarks et production de code occupaient le quotidien des consultants débutants. Voir ces tâches s’industrialiser amène qiub à s’interroger : si le travail de base s’évanouit, par quel chemin les jeunes générations acquerront-elles le savoir-faire indispensable pour conduire des chantiers de transformation d’envergure ?
Les profils seniors, eux, voient leurs compétences valorisées. Le risque, souligne l’analyse, est donc ailleurs : priver les juniors des travaux qui leur permettaient d’apprendre. Le cabinet ne parle pas de fin des consultants, mais d’une redéfinition de leur valeur.
Quatre capacités, quatre niveaux d’exposition
qiub découpe les missions de conseil en quatre capacités, que l’IA n’atteint pas avec la même force.
| Capacité | Exposition à l’IA | Ce que dit l’analyse |
|---|---|---|
| Analyse | Très forte | Produire des diagnostics, des reportings et des présentations revient désormais beaucoup moins cher ; l’enjeu glisse vers la qualité des sources et la justesse de leur interprétation. |
| Contextualisation | Moyenne | L’IA propose des scénarios, mais saisit mal l’histoire, les rapports de force ou les non-dits d’une organisation. |
| Transformation | Faible | Mobiliser les acteurs et gérer les résistances reste hors de portée des outils. |
| Décision | Très faible | Cette capacité implique responsabilité et légitimité : l’outil sait suggérer une option, mais il ne répond de rien. |
La logique est lisible : plus une capacité relève de la production de contenu, plus elle est exposée. Plus elle suppose d’endosser un risque devant une organisation, moins l’automatisation l’atteint.
Stratégie protégée, ESN sous pression
Cette hiérarchie débouche sur des trajectoires très différentes selon les cabinets. Les maisons de stratégie, dont l’activité centrale consiste à trancher et à arbitrer au niveau le plus élevé, semblent assez à l’abri. Pour elles, l’IA serait surtout un levier de productivité dans l’analyse, sans remettre en cause leur valeur essentielle à court terme.

Les sociétés de conseil en transformation digitale, ainsi que les entreprises de services du numérique (ESN), se trouvent plus exposées. L’automatisation concurrence directement la conception fonctionnelle, l’architecture et le développement. Leur valeur devrait se déplacer vers le pilotage et la coordination des projets.
Le mode de facturation pourrait évoluer à son tour : la logique du nombre de jours-hommes vendus laisserait peut-être place à des contrats centrés sur les résultats et la performance. L’analyse présente cela comme une hypothèse, non comme une évolution déjà acquise.
La réponse de qiub : former autrement
Nicolas Lopez, partner et cofondateur de qiub, estime qu’il faut confronter plus tôt les jeunes consultants à l’interprétation, à la lecture des organisations et au contrôle critique des outils d’IA, au lieu de les enfermer dans la fabrication de livrables. Selon cette vision, la valeur du conseil quitterait la production de documents pour rejoindre l’impact concret, et passerait de la recommandation à la mise en œuvre.
Passé par Forvis Mazars comme consultant, il a dirigé durant plus de quinze ans des programmes de refonte informatique représentant plusieurs millions d’euros. Spécialisé en stratégie et en transformation des systèmes d’information, qiub met ces principes en pratique : missions confiées à des consultants seniors, approche sur mesure, engagement contractuel sur les résultats.
Cette conviction est partagée par les deux autres cofondateurs : David Renty, ex-manager chez Wavestone, et Hassina Aït Menguellet, qui a travaillé chez Deloitte. À leurs yeux, l’IA doit libérer du temps pour comprendre, décider, rassembler et transformer, plutôt que servir à fabriquer toujours plus de contenu.
Photo : Max Medyk / Pexels



