Artemis teste des milliers de molécules sur des tumeurs de jeunes femmes, à Nantes
Des organoïdes, un microscope robotisé et une carte des protéines cellulaires servent à repérer les points faibles des cellules qui survivent aux traitements.
En bref
- Le projet Artemis, à Nantes, est programmé sur au moins cinq ans avec 250.000 euros de financement.
- Quatre-vingts échantillons de tumeurs de jeunes femmes sont analysés par une équipe d’une dizaine de personnes.
- Des organoïdes en trois dimensions servent à tester des milliers de molécules.
- Aucun traitement issu du projet n’est annoncé.
Avant 40 ans, les cancers du sein se montrent souvent plus agressifs, et les scientifiques n’en cernent pas encore tous les motifs. À Nantes, le projet Artemis cherche à éclaircir cette question en analysant les tumeurs cellule après cellule, ainsi que le relate Sciences et Avenir.
Une maladie plus fréquente chez les jeunes femmes
Chez les patientes de cette tranche d’âge, la maladie s’avère souvent plus virulente. Depuis quelques mois, Vincent Guen, biologiste à l’Inserm, dirige le projet Artemis au sein du Centre de recherche en cancérologie et immunologie intégrée Nantes-Angers.
Les causes de la hausse des cas ne sont pas établies. Une piste existe : on pense que les cellules tumorales des femmes jeunes seraient plus plastiques, donc capables de modifier leur comportement et de s’adapter. Il s’agit d’une hypothèse, pas d’un lien démontré.
Le dispositif d’Artemis
| Élément | Détail |
|---|---|
| Financement | 250.000 euros, versés par l’association Ruban Rose |
| Durée | au moins cinq ans |
| Équipe | une dizaine de personnes : chercheurs, ingénieurs, cliniciens |
| Groupe de patientes suivies | 80 échantillons de tumeurs de jeunes femmes, fournis par l’ICO, l’Institut de cancérologie de l’Ouest |
| Cancers étudiés | d’abord les hormonodépendants, les plus courants |
Dans ces cancers hormonodépendants, les œstrogènes et la progestérone stimulent la croissance des tumeurs. À l’avenir, l’équipe souhaite se pencher sur les cancers appelés triple négatif, dont le traitement est plus délicat.

Une carte d’identité pour chaque cellule
Il faut d’abord dresser le profil des cellules tumorales. On garde un morceau de tumeur dans un bloc de cire, déposé sur une lame de quelques centimètres. Puis un appareil de biologie spatiale repère en même temps, grâce à la fluorescence, des dizaines de protéines pouvant indiquer à quel point les cellules sont agressives.
Les chercheurs font également pousser en trois dimensions des organoïdes, de minuscules modèles de tumeurs obtenus à partir de prélèvements sur des patientes. Ces modèles permettent d’examiner l’agressivité des cellules et de repérer les protéines qui facilitent leur migration, avec l’espoir de découvrir de nouvelles cibles pour les traitements.
Tester des molécules sous microscope robotisé
L’enjeu d’Artemis est de trouver les vulnérabilités des cellules qui survivent aux traitements. Le test des molécules se déroule ainsi :
- des molécules, destinées à éliminer ces cellules ou à les rendre de nouveau sensibles aux thérapies, sont appliquées aux organoïdes ;
- un microscope connecté à un bras robotisé prend automatiquement des images des cellules toutes les six heures, sans bouleverser leur milieu ;
- les noyaux se colorent en bleu, tandis que les cellules en train de mourir apparaissent en rouge ;
- la progression du rouge indique l’efficacité d’une molécule et la rapidité de son action.
Ce dispositif permet d’en tester des milliers. Une molécule prometteuse en laboratoire n’est pas un médicament, et aucun traitement issu d’Artemis n’est annoncé.
Carine a découvert son diagnostic à 32 ans, en pleine grossesse. Aujourd’hui, elle s’investit dans l’association Jeune & Rose, mais elle ne compte pas parmi les participantes de la cohorte Artemis.
Photo : Edward Jenner / Pexels
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