L’Asie enseigne déjà l’IA dès l’école, pas la France

Chine, Corée du Sud, Japon et Vietnam enseignent déjà l’IA dès l’école, pendant que l’embauche des jeunes diplômés recule en France et au Royaume-Uni.

Élise Vandamme Par Élise Vandamme
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L’Asie enseigne déjà l’IA dès l’école, pas la France
Un enseignant et des étudiants équipés d’ordinateurs portables dans un amphithéâtre universitaire.

En bref

  • En France, les embauches en CDI des 21-29 ans reculent de 28,3 % dans les métiers les plus exposés à l’IA.
  • La Chine rendra l’IA obligatoire dans tout le pays d’ici 2030, le Vietnam dès le CP depuis la rentrée 2026.
  • L’auteur de la tribune propose deux piliers pour l’école : compétences humaines et compétences techniques.

Une angoisse générationnelle gagne lycéens et étudiants français depuis le lundi 21 septembre 2026, d’après l’auteur d’une tribune publiée par Maddyness. Sa thèse : l’école doit répondre à l’intelligence artificielle, et l’Asie montre une voie que l’Europe hésite à suivre. Il s’agit de son point de vue, qu’il appuie sur des faits datés.

Un marché de l’emploi déjà secoué pour les jeunes

Le premier risque cité par l’auteur est l’emploi. Les chiffres qu’il avance dessinent un recul net de l’embauche des débutants.

28,3 %de recul des embauches en CDI des 21-29 ans en France, dans les métiers les plus exposés à l’IA (étude HEC / Banque de France du 8 octobre 2026)
plus de 32 %de baisse des offres pour jeunes diplômés au Royaume-Uni en juillet 2026, depuis le lancement de ChatGPT (Adzuna)

Parmi les risques recensés, trois autres ressortent : l’aggravation des inégalités, la déformation de la réalité par les deepfakes et les contenus « AI Slop », ainsi qu’une perte progressive des capacités cognitives. Concernant les inégalités, l’auteur souligne que, dans le cas des États-Unis, la part des titres associés à l’IA dans la hausse du S&P 500 atteint 75 % depuis 2022, tandis qu’à peu près 85 % des titres sont détenus par les 10 % de foyers les plus aisés.

Ce que font les pays asiatiques dans leurs écoles

Pour l’auteur, l’Asie traite l’IA comme une langue à enseigner, là où l’Europe y voit un risque et les États-Unis un investissement. Les mesures citées varient d’un pays à l’autre.

Une jeune femme assise à une table de réunion face à un homme lors d’un entretien de travail dans un bureau.
Un entretien professionnel organisé dans les bureaux lumineux d’une entreprise. Photo : Tima Miroshnichenko / Pexels
Pays Mesure
Chine Enseignement de l’IA imposé de l’école primaire au lycée dans les établissements de Pékin dès la rentrée 2025, avec une extension à l’ensemble du pays d’ici 2030 ; côté universités, 12 000 filières fermées et 10 000 ouvertes, en grande partie orientées vers l’IA
Singapour Programme « Code for Fun » renforcé en IA, pour toutes les écoles
Corée du Sud Les manuels numériques reposant sur l’IA perdent leur reconnaissance officielle, puis arrive le plan « AI Talent Development Plan for All », doté de 1 400 milliards de wons (soit près de 960 millions de dollars), qui couvre les élèves du primaire jusqu’aux chercheurs
Japon Depuis 2025, l’informatique figure à l’examen commun d’admission à l’université ; au lycée, le cursus « Informatique » est obligatoire et inclut la programmation
Taïwan Dispositif « une tablette par élève » lancé en 2022, pour un budget d’environ 20 milliards de dollars taïwanais (570 millions d’euros) étalé sur quatre ans
Vietnam Enseignement de l’IA obligatoire à partir du CP, en vigueur depuis la rentrée 2026

Pour la Chine, cette politique relève du combat contre le chômage touchant les 16-24 ans, dont le taux est de 18,9 % d’après les statistiques officielles.

Une adoption qui ne se fait pas sans garde-fous

L’auteur refuse l’idée d’un engouement sans nuance. Dans beaucoup de pays d’Asie, l’enseignant garde un statut très respecté, et l’appréciation humaine conserve une grande importance. À l’université Waseda, au Japon, tricher avec l’IA peut entraîner un mois de suspension au maximum, ainsi qu’un échec d’office dans chaque matière du semestre. La Corée du Sud suit la même logique : son parlement a ôté aux manuels numériques fondés sur l’IA leur statut officiel, privilégiant le papier, avant de dévoiler son plan national de formation.

Deux piliers de compétences pour l’école française

L’auteur estime que le système éducatif du futur reposera sur deux ensembles de compétences, à enseigner en parallèle. Cette proposition est la sienne.

Soft skills

  • imagination et improvisation
  • négociation et vente
  • intelligence émotionnelle
  • jugement critique
  • prise de parole en public
  • travail en équipe
  • lecture rapide

Hard skills

  • maîtrise de l’IA
  • analyse des données
  • programmation assistée par IA
  • cybersécurité et blockchain
  • conception de produits numériques et de vidéos
  • orchestration agents-humains
  • mathématiques et physique quantique

Selon lui, la France et l’Europe doivent s’extraire de ce qu’il qualifie de torpeur intellectuelle et politique ; sinon, avertit-il, l’astre technologique risquerait de décliner à l’Ouest pour renaître à l’Est.

Photo : Yan Krukau / Pexels

Élise Vandamme

Informatique, logiciels et infrastructures

Élise Vandamme

Élise Vandamme a travaillé comme ingénieure en traitement du signal dans un laboratoire de recherche public à Lille. Pour EDS.fr, elle suit l'intelligence artificielle, la robotique et les sciences, en distinguant les résultats publiés des annonces commerciales. Elle joue aux échecs en ligne tous les soirs, rarement plus de dix minutes.