IA et emploi, les jeunes diplômés déjà en première ligne
Entre 3,8 % et 18 % d’emplois à risque selon les études, les chiffres divergent, mais les premiers signaux sur l’embauche des jeunes se lisent déjà en France.
En bref
- Les estimations d’exposition à l’IA reposent sur une décomposition des métiers en tâches et varient selon les hypothèses retenues.
- Aux États-Unis, 18 % des emplois présenteraient un risque élevé d’automatisation, contre 3,8 % du contenu du travail en France aujourd’hui.
- Le ralentissement des embauches précède pour l’instant les licenciements, et 20,5 % des jeunes diplômés cherchent encore un emploi après six mois.
- Les créations d’emplois liées à l’IA pourraient apparaître sur plusieurs générations et dans d’autres zones.
Les métiers de la finance, de l’informatique et de l’édition figurent parmi les plus exposés à l’intelligence artificielle, mais aucune étude ne chiffre leur avenir de la même façon. Ce constat ressort d’un dossier publié par Alternatives économiques, qui montre aussi que les jeunes diplômés encaissent déjà les premiers effets.
Des métiers découpés en tâches, des résultats qui divergent
Pour mesurer l’effet de l’IA, les économistes ne raisonnent pas profession par profession : ils décomposent chaque métier en tâches. Plus une activité compte de tâches qu’un système d’IA peut remplacer, plus le nombre d’emplois potentiellement menacés grimpe. Une étude de l’économiste Antonin Bergeaud place ainsi en tête les comptables, les télévendeurs, les secrétaires, ainsi que les cadres de la banque ou de la communication.
La plupart des travaux s’accordent sur des secteurs plus exposés, comme la finance, l’informatique ou l’édition. Les estimations varient en revanche selon les hypothèses, les bases de données et la finesse du découpage des tâches. Contrairement aux chocs technologiques précédents, les métiers les mieux rémunérés sont ici les plus concernés : finance, droit, audit, communication.
États-Unis et France : deux ordres de grandeur
La direction générale du Trésor a synthétisé la littérature récente. Les chiffres ne mesurent pas la même chose et ne portent pas sur le même horizon.

| Zone | Estimation | Horizon |
|---|---|---|
| États-Unis (étude d’OpenAI) | 18 % des emplois à risque élevé d’automatisation ; 24 % verront leurs tâches sensiblement modifiées | Non daté dans la note |
| France (Arquié et al., 2026) | 3,8 % du contenu du travail à risque avec l’IA générative | Actuel |
| France (Arquié et al., 2026) | Jusqu’à 16,3 % du contenu du travail | Dans deux à cinq ans |
Ce qui se voit déjà : des embauches qui ralentissent
Pour l’instant, on constate un ralentissement des embauches plutôt qu’une vague de licenciements. L’enquête annuelle sur l’insertion des élèves des grandes écoles, qui couvre plus de 200 établissements, surtout d’ingénieurs et de commerce, et environ 80 000 diplômés par an, signale des difficultés croissantes.
Cette part augmente depuis trois ans. La Banque de France va dans le même sens : depuis fin 2022, les embauches en CDI des jeunes ont reculé davantage dans les métiers dont les tâches se prêtent le mieux à l’IA générative. Dans l’information-communication, la baisse de l’Insee est entièrement portée par les jeunes, alternants exclus.
L’informatique, qui pèse 3 % de l’emploi privé en France, illustre le phénomène : l’emploi y recule depuis 2023, alors que la valeur ajoutée continue de progresser. Aurélien Duthoit, économiste chez Coface et spécialiste du secteur numérique, observe la même tendance aux États-Unis : « Dans les secteurs les plus exposés, comme le droit, l’audit, l’informatique ou la finance, le volume d’emploi recule, alors que la valeur ajoutée, c’est-à-dire la production, continue de progresser ».
De nouveaux métiers, mais pas pour les mêmes personnes
Les partisans de la destruction créatrice rappellent que 60 % des travailleurs occupent aujourd’hui un métier qui n’existait pas en 1940. Leurs contradicteurs, les chercheurs Pascal Le Masson, Armand Hatchuel et Benoît Weil, jugent que « le modèle de la destruction créatrice postule une corrélation entre destruction et création qui n’a aucun fondement théorique ni empirique ». Le débat reste ouvert.
Reste la question du délai. Selon Léonard Bocquet, économiste à l’université d’Amsterdam, l’ajustement entre destructions et créations d’emplois s’étale sur deux générations, voire davantage, et les créations n’apparaissent pas dans les mêmes zones que les destructions.
Photo : Andrea Piacquadio / Pexels



