Arthur Mensch assure que Mistral est à quelques mois des géants américains de l’IA
Après le lancement de Large 4, le patron de Mistral juge l’entreprise à quelques mois des géants américains, et un indice tiers donne 38 au modèle.
Invité de France Inter jeudi 8 octobre, Arthur Mensch, PDG et fondateur de Mistral, a estimé que la société française de l’intelligence artificielle se trouvait à quelques mois des géants américains du secteur. Il parlait deux jours après la présentation de Mistral Large 4, le nouveau modèle de l’entreprise, et défendait une idée simple : sans production européenne, l’Europe devra importer cette technologie.
En bref
- Il parlait deux jours après la présentation de Mistral Large 4, le nouveau modèle de l’entreprise, et défendait une idée simple : sans production européenne, l’Europe devra importer cette technologie.
- Le Journal du Geek va dans le même sens en présentant ML4 comme l’un des meilleurs modèles ouverts au monde et comme un concurrent des technologies chinoises.
- Pour lui, un bon roman se juge à ce que les lecteurs en retiennent, et un mauvais usage de l’outil finira par se voir.
Un nouveau modèle et trois milliards d’euros levés
Selon Le Parisien, Mistral a dévoilé mardi Mistral Large 4, abrégé ML4 et surnommé « Chonk ». Le quotidien précise que l’entreprise espère revenir dans la course face aux acteurs américains et chinois, qui ont donné naissance à ChatGPT, Claude ou DeepSeek. D’après le communiqué qu’il cite, le modèle a été conçu en Europe et peut analyser du texte comme des images.
Ces chiffres sont ceux du communiqué de l’entreprise, rapportés par Le Parisien. L’ambition du dirigeant s’appuie aussi sur les trois milliards d’euros que l’entreprise a levés, ce qu’elle a annoncé en septembre. D’après Le Journal du Geek, l’opération prend la forme d’un tour de série D, et Arthur Mensch résume l’usage prévu des fonds : « Tout ça va passer en puissance de calcul ».
Ce que dit Arthur Mensch du « saut technologique »
Pour le dirigeant, ML4 marque un « saut technologique ». Il l’explique par les moyens engagés : le modèle a été entraîné avec beaucoup plus de capacités de calcul et peut donc fonctionner pendant des heures, en autonomie, sur des tâches longues. Selon franceinfo, ML4 est capable d’accomplir des tâches « très longues » avec « des résultats tangibles ».
Le patron de Mistral en tire une prévision sur les mathématiques : « Dans les mois qui viennent, on va devenir bien meilleurs en mathématiques ». Son raisonnement, rapporté par franceinfo, est que lorsque les capacités autonomes sont débloquées, on peut confier aux modèles des problèmes de mathématiques, et qu’ils commencent à les résoudre de manière assez efficace. Le point de comparaison est OpenAI, dont la publication récente d’environ 400 résultats mathématiques nouveaux, sur des problèmes ardus, est évoquée par franceinfo. Le Journal du Geek relie cette annonce à l’ambition de Mistral d’atteindre bientôt des capacités semblables.
Des affirmations de l’entreprise, un indice extérieur
Le Figaro écrit que, selon Mistral, ML4 fait déjà mieux que plusieurs modèles chinois, alors que l’entreprise n’aurait mobilisé que « 2% des ressources que certains de [ses] concurrents utilisent » pour l’entraîner. Ces deux points proviennent de Mistral et de son dirigeant. Le Journal du Geek va dans le même sens en présentant ML4 comme l’un des meilleurs modèles ouverts au monde et comme un concurrent des technologies chinoises.
Un repère extérieur existe : dans un message du 6 octobre reproduit par le Journal du Geek, Artificial Analysis indique que ML4 obtient 38 sur son indice d’intelligence et que la France retrouve ainsi le modèle le plus intelligent hors des États-Unis et de la Chine. Le même message précise que le modèle est publié en préversion publique de recherche, avec une publication des poids prévue.
La nature « open weight » du modèle est décrite avec des nuances. Le Figaro explique que les poids, c’est-à-dire les réglages internes qui conservent ce que l’IA a appris pendant son entraînement, sont accessibles et téléchargeables pour faire tourner le modèle sur son propre matériel. Le Parisien écrit pour sa part que les paramètres et l’architecture seront rendus publics. Pour un lecteur qui souhaite l’utiliser, il vaut donc mieux vérifier les conditions de diffusion sur les canaux officiels de Mistral.
Industrie, cybersécurité et recherche
Parmi les usages possibles, Arthur Mensch cite l’industrie lourde ainsi que la protection des entreprises et de l’État contre les cyberattaques. Il juge ces nouvelles capacités « indispensables pour la totalité des domaines de la recherche fondamentale ». Il ajoute : « On le voit en mathématiques, où ça va vite parce qu’il n’y a pas de contrainte physique, mais ça va être le cas en biologie, en physique ».
La conclusion qu’il en tire est politique : il faut être capable, selon lui, « en Europe, en particulier, de produire cette technologie, parce que si on ne la produit pas, on va devoir l’importer », notamment des États-Unis. Il reproche à des sociétés comme OpenAI de conserver leur modèle pour elles et de mener leurs recherches en mathématiques de façon opaque, sans passer par la communauté scientifique.
Concentration, dépendance et risque existentiel
Interrogé sur la possibilité que l’IA mène à la destruction de l’humanité, le patron de Mistral répond que « ça ne veut rien dire ». Selon Le Figaro, ces craintes ont été exprimées ces dernières semaines par plusieurs développeurs, y compris les PDG d’OpenAI et d’Anthropic, qui ont appelé à encadrer plus strictement la technologie. Arthur Mensch estime que ce n’est « absolument pas le risque majeur qu’on voit aujourd’hui ».
Il met en avant un autre danger, la « concentration » : deux ou trois entreprises dans le monde exporteraient une technologie à l’origine de l’essentiel de la croissance mondiale. Il pointe aussi les dépenses élevées engagées pour construire les modèles, qui donnent selon lui à certaines sociétés un intérêt à limiter la concurrence. « Ça, c’est un vrai problème puisque, vous avez ensuite un problème de dépendance qui va se créer entre l’Europe et les États-Unis », s’inquiète-t-il.
L’IA et la littérature
Interrogé sur le débat autour d’un roman écarté de certains prix littéraires en raison de soupçons d’usage de l’IA, Arthur Mensch a déclaré : « Ça reste un outil et c’est un outil performant ». Il plaide pour la transparence : chez Mistral, dit-il, on empêche de produire sans dire qu’on a utilisé l’IA ni comment. Pour lui, un bon roman se juge à ce que les lecteurs en retiennent, et un mauvais usage de l’outil finira par se voir.
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Energy. Licence : Public domain.



